Shonen, shojo, seinen et compagnie

 
Dans les jeux vidéos, les films, les romans, etc.. on utilise des termes comme: S-F, aventure, romance,... Mais pour les mangas, et par association les animes, on trouve en plus une obscure classification, à base de shonen et autre shojo. Mais à quoi correspondent-ils?
 
Il s'agit de termes qui viennent directement du Japon. Ils désignent simplement la cible éditoriale du manga, et comme une grande partie des animes sont tirés de mangas ces termes sont parfois également utilisés pour les animes. Donc un manga shonen est simplement un manga qui a était pré-publié (au Japon) dans un magazine dont la cible première est composée d'adolescents.
Tout étant toujours très cloisonné et encadré au Japon il est plutôt rare que des adolescents lisent des shojo et les adolescentes des shonen. Par contre il est aujourd’hui très courant que des adolescentes lisent des Josei, et les hommes adultes des shonen.
C'est par contre très différent dès que l'on sort du Japon. D’ailleurs les mangaka semblent régulièrement surpris de voir des gens de tous les sexes et de tous les ages venir aux séances de dédicace à l’étranger.
 
 

1) Les shonen

Commençons par le genre le plus rependu et le plus connu : le shonen.
Globalement les shonen sont des mangas et des animes d'action et de comédie destinés aux adolescents (de l'école primaire au secondaire). En gros l’équivalent des blockbuster du cinéma.
Ils se basent généralement sur les mêmes principes : le dépassement de soi, l'amitié, la justice, la bravoure, le courage, ... La priorité c'est surtout l'action ou la comédie, plus que le scenario. L’histoire met très souvant en avant un héro jeune, auquel le lecteur est censé s’identifier facilement. Mais il possède souvent un talent caché qui lui permettra d'accomplir des exploits. Les thèmes  principaux étant le combat et la croissance du personnage principal.
C'est donc généralement des mangas/animes d'actions, de sports, d'aventures, de S-F, ou encore de romance. Mais comme toujours ce n'est pas forcément si simple. L’exemple parfait d'un shonen qui n'a rien d'un shonen : « Aria ». Il n'y a pas d'action, le rythme est très lent et les personnages principaux sont tous des jeunes filles.
 
Dans le plus pur style shonen je vais simplement citer :
-Naruto (2002) Studio : Pierrot / Éditeur FR: Kana Home Video / Manga : Kana
-Dragon ball (1986) Studio : Toei Animation / Éditeur FR: AB Video / Manga : Glénat
-My Hero Academia (2016) Studio : Bones / Éditeur FR: ADN-Kaze / Manga : Ki-oon
 
Classique du shonen / romance / harem
-Love hina (2000) Studio: Production I.G, Xebec / Éditeur VF: Déclic Images / Manga : Pika
 
Contre exemple :
-Aria (2005) Studio: Hal Film Maker

« Evangelion » et « L'attaque des titans » sont des exemples de shonen qui se rapprochent plus du seinen, d’ailleurs l'Attaque des titans est classé comme seinen en France.
 

2) Shojo

Signifiant jeune fille, les shojo s’adressent principalement aux jeunes filles, mais ils sont couramment lus par les femmes adultes.
 
La priorité c'est surtout l'histoire et les relations entre les personnages. Les shojo se caractérisent souvent par un aspect visuel soigné et lumineux, l'usage fréquent de monologues, ainsi que sur les sentiments. Avant les mangas shojo avaient beaucoup d'expressions symboliques uniques, mais maintenant elles sont reprisent dans beaucoup de genres.
Par rapport aux shonen, de nombreux shojo traitent de vrais problèmes. Mais comme pour eux, les sujets sont variés, bien que les shojo se distinguent généralement par la présence d'histoires d’amours plus importantes.
 
Mais encore une fois ce n'est absolument pas systématique. Par exemple Clannad et Toradora, qui sont des références du style romance ne sont pas des shojo. Mais respectivement un seinen (quoi qu'en dise Ototo) et un shonen. Par contre, « Natsume Yuujinchou » est un shojo.
 
Bien que des shojo d'une seule page ont commencé à apparaître dans des magazines en 1910, le premier « véritable » shojo fut publié en 1932 dans le magazine " Shojo Club ".
A partir de la fin des années 1950, l’illustrateur Makoto Takahashi s'illustra en dessinant des personnages féminins avec de  longs cils et des yeux brillants, ainsi que l'utilisation de nombreuses fleurs. On trouve également l'influence des romans pour filles.
Mais c'est encore une fois Osamu Tezuka, avec son manga de 3 tomes « Ribbon no Kishi » (1953) qui lança le genre.
 
Les premiers mangas shojo avaient presque toujours des pré-adolescentes comme héroïnes, et comme lecteurs, à moins d'utiliser un cadre fantastique. Mais l'âge moyen du lectorat augmenta et ses intérêts changèrent. Au milieu des années 1960, l'une des rares artistes féminines du genre, Yoshiko Nishitani , a dessiner des histoires mettant en avant des adolescentes japonaise contemporaines. Cela a marqué une transformation importante du genre.
De plus, le succès des Jeux olympiques d'été de 1964 (à Tokyo), et la médaille d'or remportée par l' équipe nationale féminine de volleyball du Japon, influença les mangas shojo sportifs.
 
Pour l'animation, Mahoutsukai Sally (109 épisodes diffusés entre décembre 1966 et décembre 1968), produit par Toei Animation, est considéré comme de premier anime shojo, et le premier magical girl.
 
Mais c'est surtout au début des années 1970 qu'arrive le boom des shojo. Les dessins qui ne faisaient avant qu'une partie des magazines féminins occupent alors presque tout le magazine. C'est également à partir de cette période que les mangaka masculin de shojo commencèrent à disparaître. Ils étaient très présent dans les années 1950 mais aujourd’hui  quasiment tous les shojo sont dessinés par des femmes.
Dans les années 1980, l'excédent commercial du Japon devint le plus élevé du monde. A cette époque, les œuvres traitant de la sexualité et du monde du travail ont plus que jamais augmenté. De plus, au fur et à mesure que la carrière des mangaka s’allonge, le manga pour les femmes adultes « Josei » arrive. Les « Boys Love » ( Yaoi ) commencent également à être publiés.
L'effondrement de la bulle économie (début 1990) provoque des changements dans les shojo. La tendance à dessiner des problèmes mentaux arriva, et l'apparition de personnages principaux autonomes devint nécessaire.
 
Historiquement la production de shojo a tendance à décliner en raison du vieillissement de la population Japonaise. C'est pourquoi les magazines tentent maintenant de toucher un large public, aussi bien de jeunes que d'adultes. Par exemples des titres comme : NANA, Honey and Clover, Host Club, Sawako, Natsume, … sont des shojo qui ont réussi à séduire les lecteurs masculins et les adultes.
De plus, depuis la fin des années 1990 ils tentent également de toucher un public plus jeunes (école primaire), avec des œuvres comme : Mirumo de Pon! (2002), Kirarin☆Revolution (2006), Jewelpet (2009). En utilisant une stratégie multi-médias, avec la production d’adaptations animées en plus des mangas.
 
A savoir que comparé à d'autres genres, le shojo est un genre jugé difficile. Il demande une histoire forte et un récit calculé. Si un shojo manga devient impopulaire, il sera très rapidement abandonné par l'éditeur.
 
Exemples :
-Fruits Basket (2001) Studios: Studio Deen / Editeur FR: Déclic Images / Manga VF : Delcourt
-Kimi Ni Todoke – Sawako (2009) Studios: Production I.G / Editeur FR: Black Box / Manga VF : Kana
-Lovely Complex (2007) Studios: Toei Animation /  Editeur VOD: Wakanim / Manga VF : Delcourt
-Kare Kano – Entre elle et lui (1998) Studios: Gainax, J.C.Staff / Editeur FR: Dybex / Manga VF : Tonkam
-Tonari no kaibutsu-kun - Le Garçon d'à coté (2012) Studios: Brain's Base / Editeur FR: Black Box / Manga VF : Pika
 

3) Seinen

Le seinen reprend souvent les thèmes abordés dans les shonen, mais de façon plus mature. Avec des intrigues plus complexes, des personnages plus subtils, torturés, ou réalistes. C'est bien souvent plus réaliste, violent (voir carénant gore) ou teinté d'érotisme, mais sans être une généralité, les sujets et la façon de les aborder étant encore une fois très diversifiés.
 
Le concept du seinen date des années 1960 et fut imaginé pour proposer des mangas plus réalistes et sérieux que le style d'Osamu Tezuka, jugé parfois trop enfantin et proche de Disney. Le style narratif et graphique du manga seinen se veut donc plus réalistes, avec une utilisation plus approfondie de la trame, des traits plus travaillés, une recherche plus poussée dans la mise en page, mais emprunte également des codes du shonen. D’ailleurs les thèmes abordés sont souvent les mêmes. Mais avec cependant certains thèmes plus spécifiques comme: le travaille, les problèmes sociaux ou économiques, l'idéologie, ou encore la politique.
L'âge du public visé étant plus élevé que pour les shonen/shojo, le degré de liberté pour les auteurs est plus grand. Comme par exemple pour le niveau de violence ou de contenu sexuel.
 
Dans la pratique il est parfois quasi impossible de différencier un seinen d'un shonen. Par exemple : Himouto! Umaru-chan, Chobits, Non Non Biyori, Hidamari Sketch, sont des seinen et non des shonen.
 
« Bokurano » (2007, Studio: Gonzo / Manga vf: Asuka)  illustre parfaitement la différence entre shonen et seinen. C'est une histoires à base de lycéens qui doivent sauver le monde et de méchas. On y retrouve les grands classiques du shonen : le dépassement de soi, l'amitié, la justice, la bravoure. Mais ici tout devient très rapidement sombre. Manipulation, mort, sacrifice, viol, folie, c'est un peu le « Mahou Shoujo Madoka Magica » du style méchas.
Qui lui est un très bon exemple de contre shojo. Une mascotte mignonne, de la magie, des jeunes filles qui se transformes, mais je pense que l'on est tous d'accords pour dire que le traitement est bien différant d'un « Sakura » ou d'un « Sailor moon ».
 
Thriller, gore, récit d'aventure, ou simple chronique de la vie quotidienne, les seinen peuvent être graves, intimistes, ou épiques. Ainsi des œuvres sombres et violentes comme « Ergo proxy », ou « Lain » côtoient des œuvres colorées et comiques comme K-on, ou Non Non Biyori.
 
Exemples :
-Black Lagoon (2006) Studio: Madhouse / Éditeur FR: Déclic Images, Kaze / Manga VF : Kaze
-Cowboy Bebop (1998) Studio: Sunrise / Éditeur FR: Dybex / Manga VF : Pika
-Kenshin (1996) Studios: Studio Gallop, Studio Deen / Éditeur FR: Dybex / Manga VF : Glénat
-Haibane Renmei - Ailes Grises (2002) Studio: Radix / Éditeur FR: Dybex
-Mushishi (2005) Studio: Artland / Éditeur FR: Black Box / Manga VF : Kana


4) Gekiga

Gekiga signifie "images dramatiques". Le terme fut inventé par Yoshihiro Tatsumi en 1957, et adopté par d'autres dessinateurs japonais qui ne voulaient absolument pas être associé au style manga. Surtout le mot contient l'idée de drame et de violence. La cible éditoriale était uniquement constituée d'adultes. Plus précisément de la classe ouvrière, ainsi que du mouvement étudiant, qui était florissant à l'époque.
 
Pour le côté technique, le style gekiga appréciait particulièrement les vues plongeantes, et l'aspect des personnages se voulait très réaliste. On remarque aussi la mise en évidence d'onomatopée en gras, et les lignes effets.
 
Tatsumi a commencé à publier des gekiga en 1957. Ils étaient alors très différents de la plupart des mangas de l'époque, qui eux étaient destinés aux enfants. Les gekiga ne viennent pas des principales maisons de publications de mangas de Tokyo, du style Osamu Tezuka, mais des bibliothèques de prêt basées à Osaka. Les bibliothèques de prêts toléraient plus les travaux expérimentaux.
 
À la fin des années 1960 et au début des années 1970, les enfants qui avaient grandis en lisant des mangas voulaient quelque chose s'adressant à un public plus âgé, les gekiga étaient donc la pour répondre à cette demande. Cette génération est devenu la « génération manga ». A cette époque lire des mangas était alors une forme de rébellion, semblable au rôle du rock and roll aux USA. La lecture du manga était particulièrement courante, dans les années 1960, parmi les groupes de protestation étudiant anti-USA et contre le Traité de sécurité du Japon .
 
En raison de la popularité croissante des gekiga (qui étaient à l'origine underground), Osamu Tezuka lui même a commencé à utiliser le style, dans des œuvres telles que Hi no Tori (1967-1988), et plus spécialement dans « Adolf ni Tsugu » (L'Histoire des 3 Adolf), écrit au début des années 1980. Adolf a de fortes influences de l'œuvre de Tatsumi, avec un style plus réaliste et plus sombres que la plupart des travaux de Tezuka. À son tour, Tatsumi a été influencé par Tezuka.
 
Après que Tezuka ait adopté les styles gekiga, il y eut une reconnaissance du grand public, qui est communément appelé « l'âge d'or du manga ». Cette période a commencée dans les années 1970 et s'est poursuivi dans les années 1980.
 
Cependant, en 1972, « l'Affaire du chalet Asama », et la disparition progressive des mouvements étudiants fit que les gekiga (associé aux mouvements de gauches) furent boudés par le public. La production s'écroula rapidement à partir du milieu des années 1970. L'émergence de mangas incorporant les techniques gekiga l’achevèrent. Actuellement, les mangas et animes ont perdu beaucoup de l'influence gekiga.
 
Exemples :
-Hadashi no Gen (Gen d'Hiroshima) [Shonen en France]
10 tomes publiés de mai 1973 à septembre 1974
Film d'animation ; Studio : Madhouse (1983) / Éditeur FR: Kaze
 
-Adolf ni Tsugu (L'Histoire des 3 Adolf) [Seinen en France]
4 tomes publiés entre décembre 1983 et mai 1985 / Éditeur FR : Tonkam
 
-Golgo 13
Publié depuis novembre 1968 et toujours en cours
Anime; Studio : The Answer Studio (2008) / Éditeur FR: Black Box
 
Cobra
18 tomes publiés d'octobre 1978 à octobre 1984  [Éditeur FR : Taifu]
Anime; Studio : Tokyo Movie Shinsha (1982) / Éditeur FR: Déclic Images
 

5) Josei

Genre extrêmement rare dans l'animation, les mangas josei sont destinés à un public féminin adulte (principalement les étudiantes et les travailleuses âgés de 18 à 30 ans). Il est en gros ce que le seinen est au shonen.
 
À la fin des années 1980, les filles qui avaient grandie en lisant des shojo voulaient quelque chose de plus mature. De plus, les mangaka de shojo prenaient également de l'age et commencée à être éjectée des magazines shojo. Un nouveau genre vu alors le jour, le « Josei ».
Dérivé du Shojo, il se veut plus mature et traite des problèmes des femmes : le soin des enfants, l' amitié entre les femmes, le travail, le médical, le mystère, le célibat, l'amour (y compris l'adultère), sont les thèmes classiques des Josei.
Contrairement aux shojo, certaines licences les plus populaires des josei ont un homme comme protagoniste principal.
 
A noter que les éditeurs de manga français ont pour habitude de classer les josei en shojo.
 
Exemples :
-Usagi Drop - un Drôle de Père (2011) Studio: Production I.G /  Éditeur VOD: Wakanim / Manga Delcourt
-Kuragehime - Princess Jellyfish (2010) Studio: Brain's Base / Éditeur DVD FR: Kaze / Manga Delcourt
-Nodame Cantabile (shojo en France) (2007) Studio: J.C.Staff / Manga Pika
-Chihayafuru  (shojo en France) (2011) Studio : Madhouse / Manga Pika
 

6) Kodomo

Signifiant enfant il s’adresse à un public mixte compris entre 6 et 11 ans. Sa principale fonction est de divertir. En dehors du japon ils sont régulièrement classés comme shonen.
 
Exemples :
-Pokemon (1997) Studios: OLM / Editeur FR: TF1 Video
-Digimon (1999) Studios: Toei Animation
-Doraemon (1979) Studios: Shin-Ei Animation
 

7) Conclusion :

Pour conclure et illustrer un peu plus mes propos j'ai décidé de prendre 3 animes qui ont la même base scénaristique, à savoir :
-Les trois protagonistes principaux sont de sexe masculin
-Ils peuvent voir les esprits
-Cette capacité est le centre du scenario
-Ce sont toute les trois des séries tranche de vie
 
Il ne s'agit pas d'un comparatif, mais juste d'une illustration de la différence entre shojo /seinen /  shonen.
 
-Natsume Yuujinchou (2008) Studios: Brain's Base / Shojo
Contemplatif, le rythme est lent, les couleurs sont douces, et le ton du récit plutôt sérieux, le scenario met la priorité sur les sentiments et les relations entre le protagoniste principal (Natsume), et les Yokai (créatures du folklore Japonais).
 
-Mushishi (2005) Studios: Artland / Éditeur FR: Black Box / Seinen
Encore plus contemplatif, et avec un rythme tout aussi lent, les couleurs sont cependant plus sombre, le ton du récit sérieux, et le scenario met la priorité sur l'ambiance. Ici il n'y a pas de yokai sympathique qui discute, mais des créatures informes qui mènent leurs existences sans prendre en compte les humains (ces créatures sont d’ailleurs appelé Mushi, qui signifie insecte). Le protagoniste principal est également plus âgé. 
 
-Fukigen na Mononokean (2016) Studios: Pierrot Plus  /  Éditeur VOD: Crunchyroll / Shonen
D'un style graphique banal (surtout comparé aux deux autres exemples), il est plus rythmé et le ton plutôt comique. Contrairement aux deux autres le protagoniste principal agit la grande partie du temps en duo. Il est également d'un tempérament plus actif et montre très facilement ses émotions, il sert également d'élément comique. Alors que dans Natsume et Mushishi ils sont du genre discret. 
 
A savoir également qu'il y a des différences entre la vision Française et Japonaise, dû à la différence de culture... et de l'envie des éditeurs. Ainsi un shonen au Japon peut devenir un shojo en France. C'est donc un joyeux boxon qui fait que l'utilisation de ces termes hors du Japon est discutable.
En plus de ça, les revendeurs eux mêmes n'hésitent pas à faire à leur idée, passant « K-on » en shojo, ou autre « High School of the Dead » en seinen !
 
 

Date de dernière mise à jour : 06/01/2018

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